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Émigration : Le « Projet » de Bassirou Diomaye Faye ne retient pas les jeunes

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Émigration : Le « Projet » de Bassirou Diomaye Faye ne retient pas les jeunes

Élu au premier tour à l’issue de l’élection présidentielle, Bassirou Diomaye Faye prône la « rupture » et le changement pour un Sénégal nouveau. Étant le plus jeune Chef d’État sénégalais, il met en avant dans son programme la création d’emplois pour lutter contre l’émigration qui bat son plein ces dernières années. Un projet ambitieux mais qui ne retient pas les jeunes. À VFS Global, les demandes de visa ne faiblissent pas. Reportage ! 

 

 

En cette matinée de Ramadan, ce lundi 8 avril, le centre de réception des demandes de visa de Ouakam grouille de monde. Des hommes et femmes de tous âges font la queue sous le chaud soleil. Au milieu de cette longue file qui serpente la devanture de l’édifice, Aliou Dramé attend son tour. Enveloppe à la main, tête bien coiffée, classe dans son ensemble tailleur, le jeune homme de 24 ans est venu déposer une demande de visa. Interrogé sur ses motivations, surtout par rapport au projet « jeunesse-emploi » annoncé par le Président de la République Bassirou Diomaye Faye, l’étudiant en licence 3 de droit à l’Université Cheikh Anta Diop à la quête d’un visa de travail, croit au changement prôné. Mais, estime-t-il, « cela ne sera pas chose facile ».

 

« J’ai reçu une invitation de la part d’un membre de ma famille pour un emploi, alors je vais saisir cette chance.  Il est vrai que le nouveau Chef de l’État a une vision pour nous trouver du travail mais nous savons tous que ce n’est pas aussi simple.  Je crois au changement, je suis d’ailleurs convaincu qu’il va faire de son mieux pour lutter contre le chômage et l’émigration comme le souhaite la jeunesse », estime-il, avec un brin de réalisme. « Nous avons foi au nouveau gouvernement car c’est ce qu’ils nous ont vendu dans leur projet et discours, ajoute Aliou Dramé. Nous savons tous que ça ne sera pas une mince affaire. Il parle de création d’emplois, mais de quel genre ? Comment va-t-il s’y prendre ? Autant de questions sans réponse. Donc pour ne pas prendre de risque, je tente ma chance en attendant de voir l’évolution des choses ».

À deux pas du jeune Dramé, se tient Djibril Guèye. Cet habitué des lieux s’impatiente. Il est là pour renouveler ses papiers. « Mon visa expire bientôt, donc je suis là pour le renouvellement », confie-t-il. Selon ce logisticien, « les jeunes quittent le Sénégal parce qu’ils n’ont plus d’espoir. Ce qui est difficile à admettre ». « Il est vrai qu’il y a un nouveau et jeune Président à la tête du pays. Ce qui peut changer le visage du pays vue l’engagement et le sérieux dont Bassirou Diomaye Faye fait preuve avant même d’être élu au premier tour. Néanmoins, certains jeunes n’ont plus foi, ils ont été pendant 10 ans voire plus dans la galère. Donc les convaincre de rester au pays et travailler ce n’est pas encore gagné. Peut-être que d’ici un à deux ans on verra », analyse-t-il.

 

Pour la plupart de nos interlocuteurs, ce n’est pas parce que le régime a changé de casquette que tout le monde se verra octroyer un boulot et que les choses vont changer du jour au lendemain. Cependant, les sénégalais peuvent nourrir l’espoir de voir le changement s’opérer enfin, d’après Saliou Diop, responsable des achats au ministère des Finances. Le quarantenaire accompagne sa mère pour son rendez-vous de demande de visa pour la France.

 

« J’ai suivi avec attention la déclaration du Président Bassirou Diomaye Faye. J’ai lu sa proposition par rapport à l’émigration des jeunes. Ce qui est salutaire car au moins, même s’il a été un agent des impôts et domaines, il a conscience de la situation que traversent les jeunes avec le chômage qui les pousse à prendre la voie de l’émigration qu’elle soit régulière ou non. Il a une bonne politique avec un riche programme, par contre cela ne pourra pas empêcher les jeunes de tenter leurs chances ailleurs. Il faut savoir que les gens ne peuvent pas rester assis et attendre que les choses marchent », fait savoir M. Diop.

 

Face au flux récurrent devant les locaux de VFS Global à Ouakam, le responsable des achats au ministère des Finances propose ‘’une porte d’entrée’’ au gouvernement nouvellement installé pour alléger les procédures de demande de visa afin d’atténuer le phénomène de l’émigration. Faute de quoi, estime-il, la filière d’émigration illégale risque d’empirer. « J’aurais bien souhaité qu’il mette en place une convention pour alléger la demande. À défaut de quoi, la jeunesse ira toujours voir le chemin le moins compliqué pour eux. Je veux parler des pirogues, Nicaragua entre autres voies illégales », suggère-t-il.

 

« Ce n’est pas tout le monde qui a la possibilité d’avoir un dossier bien corsé pour obtenir un visa. Et les jeunes veulent quitter le pays, aller travailler et revenir investir. Alors ils doivent être aussi encouragés étant donné que cela participe à la lutte contre le chômage », explique M. Diop.

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